Il y a 12 ans et 9 mois…


Je vivais dans une région où la moyenne d’âge pour devenir maman était jeune.
Ma propre mère me répétait, chaque année, qu’à 27 ans, elle était déjà mère de 2 enfants.
Ma gynéco me disait que mon horloge biologique n’était pas éternelle.
Vous pouvez imaginer la pression sociale, familiale, hormonale que je supportais en plus de la pression personnelle et professionnelle !


Avec du recul, je me dis maintenant que soit j’étais complètement inconsciente, naïve voire déconnectée de mon âge, soit au contraire, j’étais une fmme forte qui encaisse bien les remarques, au final…


Je plante le décor :
Après plusieurs (mais pas pléthore) de relations qui duraient en moyenne entre 2-5 ans, le temps passé et je n’arrivais pas à trouver un chéri motivé à être papa : pas assez mature, pas envie, pas indépendant financièrement, pas de disponibilité dans l’agenda….
Je m’étais, alors, résignée à me concentrer sur ma carrière de working girl, travaillant dans le marketing et faire une croix sur la maternité.


Ne croyant plus au prince charmant et encore moins au père idéal sonnant à ma porte du 6e étage sans ascenseur, je partis consulter un psychologue ? une agence matrimoniale ? un détective privé ?….non une voyante ! (logique, non ?)


Elle vit tout de suite (et pour la modique somme de 100€) que j’allais rencontrer un homme qui changerait ma vie. Il serait blond, viendrait du nord et nous nous verrons sur une île dans le cadre professionnel.
Alors là, c’est fou ce que l’imagination ôte toutes inhibitions….
Moi, dans les bras de Brad Pitt (blond ✔, amérique du nord ✔) venant tourner en île de France (île ✔) une pub pour un produit de mon entreprise (cadre professionnel ✔).


SPOILER : j’ai rencontré le père de ma fille, en Angleterre (ïle ✔), quand je m’y suis exilée pour suivre une formation et améliorer mon anglais. Il était blond (blond ✔), il venait du nord de la France (nord ✔) et commençait son 1er jour de travail (cadre professionnel ✔).


Nous sommes devenus amis avant de franchir la ligne amitié/amour.
Et après 5 ans de relation, c’est LUI qui a mis le sujet sur la table : “ça te dirait que l’on fasse un enfant ensemble ?”.
Proposition dépourvue de tout romantisme mais qui a le mérite d’être claire et directe…


Et c’est là où l’aventure commença…
non, pas par la lecture/pratique du kamasutra en 36 volumes mais….. par le joli calendrier que j’avais affiché pour savoir quand mon ch’ti Brad Pitt devait me rejouer une scène digne du film Mr et Mrs Smith….. et surtout….tous les rdv médicaux pour assurer le bon déroulement d’une grossesse dite “à risque”.


Quand je vois aujourd’hui que des célébrités comme Adriana Karembeu ou Virginie Efira, ont été mamans à 46 ans, je me dis qu’en fait, j’étais une jeunette.


Je vous passe l’épisode de l’accouchement pendant lequel j’ai envie de sortir ma fille, moi-même, tant les multiples tentatives de péridurale non pas fonctionnées.


Dès qu’elle est sortie, on me la déposa sur moi, direct, sans permission, sans la nettoyer un peu, sans l’examiner…pour faire le fameux “peau contre peau”.
Alors même si cela partait d’un bon sentiment, je l’ai super mal vécu !


En écrivant ces mots, je peux peut être étonner, choquer voire blesser mais c’est ce que j’ai ressenti après des heures de travail, sans repos, sans manger, sans hygiène, sans intimité et sous une chaleur écrasante de canicule de fin Juillet.


La suite n’a pas, non plus, été rose bonbon puisqu’elle ne faisait pas ses nuits et que je n’ai jamais réussi à l’allaiter. A ce sujet, on m’a bien fait culpabiliser…alors que j’ai découvert récemment que le problème ne venait pas de mes tétons mais du frein de langue de ma fille !


Bref, devenir mère était, pour moi, un aboutissement, une suite naturelle de mon existence, une joie incommensurable. Mais des doutes, des sentiments, des émotions contradictoires m’empêchaient de m’épanouir dans ce nouveau rôle :

  • Est ce que je suis une bonne mère ?
  • Qu’est-ce l’instinct maternel ?
  • Suis-je normale ?

Le rapport avec mon corps avait, également, changé.
Certes, mon corps avait évolué durant 9 mois (seulement 9kg, un des “avantages” d’une grossesse gestationnelle) mais ne pas le retrouver comme avant. Et ceci, malgré l’accouchement et quelques exercices physiques (autres que ceux pour le périné).
Ce corps me semblait étrange.
C’est comme s’il était devenu une “enveloppe” corporelle.


J’avais conscience qu’à mon âge, on se dirigeait davantage vers un tapis de pilates qu’un tapis de course et qu’il serait difficile de retrouver sa silhouette (n’imaginez pas celle de Kate Moss mais plus celle de Kate Winslet). Et bizarrement, quoiqu’il en soit, ce nouveau corps n’était pas ma préoccupation principale.
Je m’oubliais au profit de ma fille.
Mes priorités étaient focalisées sur ses besoins physiologiques, son bien être, son développement… Elle occupait la 1ère ligne de ma TO DO LIST de mon ancien agenda de working girl.


Est-ce cela l’instinct maternel ?
Passer au second plan pour qu’un être fragile vous casse les oreilles et le coeur en hurlant de douleur à cause de son estomac qui se construit, vous limite à des joggings de rappeur de banlieue en guise de garde robe, vous pousse à scroller des recettes bio à 5h du matin…


Ou est ce que l’instinct maternel est plus introspectif ?
Il met le curseur de vos émotions positifs et négatifs au max, il remet en cause vos certitudes et vos doutes, il accentue votre sensibilité sur des sujets tels que l’injustice, l’inégalité, la maltraitance…que ce soit sur les enfants, les animaux, les personnes âgées, la maman de bambi…
Néanmoins,si d’un côté, ma fille m’a indirectement fait face à mes faiblesses et à mes défauts; de l’autre côté, elle a été ma kryptonite !
En effet, tel superwoman, j’avais le pouvoir (ou “l’excuse”) d’être maman et donc de faire le tri des soirées bancales, des relations amicales toxiques, des rdv/réunions interminables…


Malheureusement, contrairement à superwoman, je savais que je n’étais pas jeune et qu’à un moment, elle fera un bout de sa vie sans moi.


J’ai, donc, pensé tout de suite à lui préparer un avenir avec un petit coup de pause financier.
Dès sa naissance, j’ai, entre autres, ouvert un compte épargne à son nom dans lequel je verse tous les mois 45€.


En parallèle de ces “noisettes”, je lui apprends la notion de l’argent, d’être propriétaire de son logement, d‘être forte, de savoir dire non, d’écouter ses envies, de voir le verre à moitié plein, de garder son énergie pour de beaux projets et des personnes qui en valent le coup, d’assumer son corps et de l’écouter quand cela ne va pas, de ne pas donner de l’importance sur le regard des autres quand leurs critiques ne sont pas fondées et constructives, de croire en soi et en ses capacités insoupçonnées… Bref, toutes les notions qui m’ont fait défaut dans ma jeunesse.


A cela, j’ajoute celles qui m’ont été inculquées par mes parents et grand-parents : l’amour des autres, la bienveillance, l’ouverture d’esprit, l’autonomie, l’empathie, la responsabilité,…(en résumé, les principes du Dalaï Lama) ainsi que la notion de travail, de persévérance, de courage, d’intégration, d’adaptabilité…


Toutes ces notions qui sortent telles des étoiles de ma baguette magique de maman, je lui montre et je lui explique. Je ne veux pas qu’elle me ressemble, je veux qu’elle se trouve elle-même avec ses propres défauts, ses qualités, sa personnalité.


Je pense que c’est tout cela qui m’a rendue “mère”.


Je dédie cet article à ma fille qui a squatté mon ventre pendant 9 mois et qui est maintenant ma colocataire adorée avec qui j’aime autant passer des moments ensemble que des moments seule.


A Anaïs